13.04.2010

Night Time is The Right Time

C'est l'histoire d'un petit noir baptisé Ray Charles Robinson. L’histoire de sa maman, mère célibataire, mi-femme, mi-esclave ; de son petit frère, mort devant ses yeux, noyé par accident dans le bac à linges ; des negro spirituals et bientôt du Gospel, de ses femmes miséreuses qui disent à Dieu combien elles l’aiment.
Ses yeux, justement, qui, peu à peu, cesseront de voir pour laisser à ses oreilles le loisir de mieux entendre.
Nous sommes dans les années 30, en plein cœur de la Géorgie, à l'époque où un noir ne vaut guère plus qu'un chien. C'est une histoire qui ne peut se dérouler qu'aux Etats-Unis.


Le petit Ray a le son dans la peau. Pas le choix, d’ailleurs ; c'est au son des semelles de ses chaussures qu'il sillonne les bars de jazz et retrouve, seul, le chemin des hôtels pourris où il passe le plus clair de son temps. Pianiste merveilleux, il copie ses idoles, Nat King Cole et Charles Brown, jusqu'au jour où son tourneur le somme de chanter jusqu'à minuit pour honorer son contrat ; à court de chansons connues, il se lance dans une improvisation : What’d I Said. Stupeur !
Le petit Ray est devenu « The Genius » Ray Charles.


Avant de mourir, sa maman lui a fait promettre – il avait 15 ans - de ne jamais se laisser rabaisser, humilier, d'être fort en toutes circonstances. Pari tenu, son fils a fait swinguer l'Amérique et le monde entier, blancs et noirs, au son d'une musique qui puise sa force dans le malheur d'un peuple, l'amour de Dieu et la certitude qu'un jour meilleur viendra...
Ray Charles a ouvert la porte à King, Obama, Woods, Rice, Jackson, Jordan... Tout devient finalement possible, vraiment.

05.02.2010

DSK est candidat en 2012

Aucun doute. Si DSK s’impose au PS, il deviendra président de la République.  En pareille hypothèse, la synthèse réalisée en 2007 par Sarkozy explosera en éclats face à la personnalité « attrape tout » du patron du FMI. Artisan des 35 heures, patron du FMI, fossoyeur du protectionnisme d’Etat : son ADN idéologique est pour le moins déroutant. Homme de gauche qui rassure la droite pour les uns, il est l’homme de droite seul capable de faire gagner la gauche pour les autres. Vous ajoutez à cela un zeste de démagogie écologiste et vous détenez le candidat hybride imbattable pour 2012 : le terminator des sondages. Ne reste pour lui, à en croire les gazettes, que quelques ardoises à effacer pour se refaire une stricte virginité.

Déçus du sarkozysme de tout poil (entendu de poil républicain), aucun ne devrait manquer à l'appel au soir des élections. Ce qui n’est pas dit pour Aubry dont le flegme certes rassurant le dispute à une idéologie enracinée autant que repoussante. 

DSK est pétri de contradictions ce qui le rend d’autant plus difficilement manœuvrable. Omniprésent dans les cotes de sondages, il n’en demeure pas moins, et, avant tout, directeur général d’une organisation internationale de tout premier ordre. L’équation est trop belle. Plus il semble déconnecté des affaires de la France, plus son statut d’homme providentiel capable de recourir aux nombreux problèmes – bien nationaux ceux-là – que le pays traverse, se précise. Alors qui peut encore imaginer que DSK puisse hésiter un instant à prendre la place de celui-là même qui a fait – habilement ? – en sorte de l’éloigner de la sphère parisienne ? 

05.01.2010

Sénèque

Plus qu’aucun autre, Sénèque interroge notre capacité à trouver la juste mesure en toute chose. Lui, le philosophe, l’ascète, n’est-il pas celui qui, aussi, durant son existence consomma les femmes et l’argent immodérément. L’harmonie ne s’acquiert qu’au prix d’un labeur personnel éreintant.

 A Lucilius qui convoitait une mort prestigieuse, il apprend qu’il n’est pas de gloire à mourir vaniteux. A Lucilius toujours qui, soudain stoïcien, renie jusqu’à son hygiène corporelle, il conseille de soigner sa mise car la discrétion est la plus sacrée des étoffes. A Lucilius encore qui souhaite voir le monde, il suggère la pondération dans le voyage qui, jamais, ne doit prendre le visage de la fuite. A Lucilius enfin qui s’indigne de ne pouvoir consacrer mille ans aux Auteurs, il prescrit une lecture lente pour ne pas manquer le sens des mots.

Nous lui devons :

Nul ne peut couler ses jours dans le bonheur qui ne considère que soi, qui tourne toutes choses à sa propre commodité. Vis pour autrui, si tu veux vivre pour toi.

Personne ne se soucie de bien vivre, mais de vivre longtemps, alors que tous peuvent se donner le bonheur de bien vivre, aucun de vivre longtemps.

 Il faut toute la vie pour apprendre à vivre.

 Rien ne nous est plus utile que de vivre tranquille, de parler peu avec les autres et beaucoup avec nous-mêmes.

 Le discours est le visage de l'âme.

hj

29.10.2009

L'ouverture est morte, vive l'ouverture !

Chronique 29-10-09

L’ouverture est morte. Cramée par l’affaire Mitterrand. Après des prises astucieuses - Kouchner, Bockel et même Besson-, Nicolas Sarkozy a pêché par orgueil. Celui pernicieux de vouloir « posséder » un symbole : un patronyme prestigieux qui réveille l’Histoire et suscite les bruits de cour. Bobos et intellos devaient à leur tour succomber aux mirages d’une ouverture jusqu’alors confinée aux apparatchiks du PS.

La sensation – rapidement avortée par la communication déjà désastreuse du neveu – fut brève. Quelques mois de plus auront suffit à inverser la tendance. Le locataire de la rue de Valois allant jusqu’à priver, au sujet de l’affaire Polanski, le prodige de la droite d’un de ses passe-temps favoris : moquer la bien-pensance. Dommage, cette dernière déployait alors des excès orduriers.

D’ordinaire bobos et intellos constituent une cible privilégiée pour redorer l’image présidentielle et « faire peuple ». Pour exister un bouc émissaire de choix vaut parfois bien davantage qu’une grande idée.

L’ouverture est morte, vive l’ouverture ! Nul doute que Nicolas Sarkozy – désormais condamné à la surenchère en la matière - saura susciter chez d’autres « personnalités de gauche » des instincts de trahison.

   hj.

 

16.10.2009

Un Premier ministre, pourquoi faire ?

Chronique 16-10-09 

La question du basculement de la 5e République dans le régime présidentiel est posée par Jean-Pierre Raffarin. L’ancien Premier ministre veut rompre avec « l’hypocrisie » d’un système politique qui ne dit pas son nom. En effet, la pratique actuelle des institutions justifie à ses yeux une franche clarification. Disons-le nettement, le président Sarkozy a vidé –opportunément ou non, reste à savoir - de sa substance le rôle du Premier ministre (confiné au poste de super-secrétaire chargé des Relations avec le Parlement), modifiant en profondeur les équilibres institutionnels. Chef de l’Etat, il l’est aussi de sa majorité parlementaire qui peine à peser sur les réformes malgré un ordre du jour dorénavant partagé. Quant à la question de savoir qui dirige l’action du gouvernement, le doute n’est plus permis.


La pratique politique française prend donc de sérieux accents présidentiels sans pour autant en posséder les garde-fous. En effet, le droit de dissolution, dans un tel système, n’existe pas. La séparation des pouvoirs, nettement plus hermétique, exclut par ailleurs la responsabilité du gouvernement devant les Chambres – outil de pression par excellence de l’exécutif sur le pouvoir législatif - et libère les parlementaires de la sacro-sainte discipline de vote. Nul doute, l’avènement du régime présidentiel achèverait une mutation institutionnelle entamée par le jeu conjugué du quinquennat et de l’inversion du calendrier électoral.


La récente réforme de la Constitution, si elle confère au Parlement des pouvoirs élargis, ne règle pas l’essentiel : la raison d’être d’un exécutif bicéphale, diapason de l’organisation des pouvoirs. Quelle est l’utilité institutionnelle du Premier ministre dès lors que son pouvoir est fonction du bon vouloir présidentiel ? En l’occurrence, aucune.

hj.

14.10.2009

Douillet à double tranchant

Chronique 14-10-09

En 2007, l’annonce de Borloo sur la TVA sociale a coûté 80 sièges à l’UMP. Et si l’histoire balbutiait lors du second tour de la législative partielle qui oppose David Douillet au socialiste Frédérik Bernard ? A en croire les résultats du premier tour, le doute n’est pourtant pas permis. Le rapport de force plaide nettement en faveur de l’UMP qui profite à plein du charisme de son champion.

David Douillet aurait, néanmoins, toutes les raisons de se faire du souci. Les électeurs de la 12e circonscription des Yvelines déjà profondément marqués par l’affaire Bédier, qui a valu au député Jacques Masdeu-Arus d’être invalidé, pourraient se laisser influencer par la vague de mécontentements qui monte.

En effet, le procès en favoritisme instruit contre Nicolas Sarkozy, et son fils Jean, tourne dorénavant au fiasco médiatique. Personne ne peut – de bonne foi - défendre un tel décalage entre le discours et les actes du président. Et que dire de l’acharnement médiatique qui entoure la sexualité de Frédéric Mitterrand. Autant de questions de moralité qui ne sont pas franchement du goût de l’électorat de droite.
A cela s’ajoutent des réformes – lycée, taxe professionnelle…- incomprises et souvent largement impopulaires dans l’opinion. Sans oublier le dévastateur procès Clearstream…

L’élection de David Douillet permettrait de couper court à cette « séquence » difficile en confinant les critiques à leur parisianisme supposé. A l’inverse sa défaite révèlerait, ce que certaines enquêtes d’opinion pointent déjà, le divorce entre Sarkozy et les français.

      hj.

13.10.2009

L’astre déclinant du maire de Paris

Chronique 13-10-09

Bertrand Delanoë est absent de la scène parisienne. Indifférent – presque - à l’évolution de Paris et à son intégration au Grand Paris. En conseil municipal, l’édile ne fait que passer, laissant le soin à ses adjoints de mener la plupart des débats. Le maire de Paris manque de considération pour son opposition qu’il ne consulte pour ainsi dire jamais. Être élu de droite revient à être marqué au fer rouge, écarté des affaires de la Cité. Habilement, Delanoë camouffle cette inertie derrière les lumières aveuglantes de cette satanée démocratie participative, apanage de la gauche qui ne veut rien dire. Les conseils consultatifs se multiplient, déversoirs du mécontentement grandissant de la population. Tant que ça tient.

Delanoë n’a plus de souffle. Pourtant, Paris est à la croisée des chemins. Le Grand Paris s’attache à définir la métropole parisienne des 3 ou 4 prochains siècles. Trop loin, trop compliqué.

Dorénavant, faire partie du club des villes-mondes n’est plus le privilège des seules capitales. D’autres – Barcelone, Milan, Bordeaux – peuvent se prévaloir de ce statut jadis réservé. La mondialisation a fait son œuvre. La culture est partout, tout le temps.  Alors Paris vieillit mal. Englué dans une saleté endémique, enfermé dans une politique hypocrite des déplacements… Delanoë voit son astre irrémédiablement décliner.

hj.

12.10.2009

En politique les sentiments mènent à la faillite

Chronique 09-10-09


Dans les passages controversés du livre de Mitterrand – « La Mauvaise Vie »-, ce qui frappe le lecteur, c’est la honte du narrateur face au désir libidineux qu’il éprouve pour les gigolos asiatiques dont rien, d’ailleurs, ne permet de dire qu’ils soient « de jeunes garçons ». Ce qui frappe le lecteur, c’est le dégoût teinté d’excitation face aux pulsions qui le hantent et le dégradent. Ce qui frappe, c’est le regard d’un homme sur lui-même, un homme complexé par le parcours des illustres contemporains dont il aime tant faire chronique, et qui lui renvoie le reflet amplifié de sa propre perversité.

Pour celui qui sait lire, ces quelques lignes ne sont rien de moins qu’un formidable réquisitoire contre l’addiction aux amours tarifés qui, à l’instar des drogues les plus dures, déshumanise celui qui en use. Mitterrand est victime d’un monde qui veut tout savoir sans rien comprendre. Un monde qui juge un homme qui donne à voir autre chose que ce qu’on attend de lui.

Mais qu’imaginait-il en devenant ministre ? En politique, les sentiments mènent à la faillite. Polanski est un génie dont le génie ne peut tout excuser. N’en déplaise à ses contemplateurs. Mitterrand souffre d’avoir des émotions et d’y succomber parfois.  Pourvu que l’expérience n’infléchisse pas son penchant.

hj.

Nicolas Sarkozy a rompu avec l’ADN de son succès : le mérite

Chronique 12-10-09

« La valeur n’attend point le nombre des années ? »

Jean Sarkozy ne manque certainement pas de talent. En tout cas pas celui de susciter le désarroi de ses aînés. Etudiant en 2e année de droit – achever ses études a-t-il un sens dès lors qu'il cumule déjà tant de responsabilités ? -, et conseiller général quasi-inexpérimenté, Jean Sarkozy ne dispose pas, a priori, des compétences requises pour la gestion d’un établissement public tel que celui de la Défense. Le déroulement de son mandat ne plaide pas davantage en sa faveur. La « cooptation » qui lui permit d’accéder à la présidence du groupe UMP des Hauts-de-Seine coïncide avec l’explosion des rivalités au sein de la majorité altoséquanaise. Le président du département le plus riche de France, Patrick Devedjian, devant subir sans ciller les affronts quotidiens d’un héritier trop pressé de réussir. Et que dire de la guerre larvée avec Jean-Christophe Fromantin, maire de Neuilly ? Pusillanimité, me direz-vous. Certainement mais que voulez-vous, Devedjian tient davantage à son maroquin ministériel qu’à sa dignité d’homme de 65 ans, et Fromantin ne désespère pas d’obtenir les subventions nécessaires au bon fonctionnement de sa commune.

Moralité :
L’origine des erreurs de jeunesse est souvent à chercher du côté des parents. Et ceci vaut pour toutes les familles. A trop vouloir la réussite des siens, Nicolas Sarkozy a rompu avec l’ADN de son succès : le mérite. Erigé en véritable ligne de conduite politique, le concept n’aura pas survécu à ce compréhensible mais excessif favoritisme familial.
Gare aux ennuis ! Les français n’ont que trop soupé des histoires de famille.


hj.